Chapitre IV Le silence de Dieu
Pendant onze années, du printemps 1978 au mois d'août 1989, Dieu ne m'a plus parlé du livre. Rien n'avait pourtant changé dans ma façon de vivre; je priais toujours avec la même ferveur, avec le même espoir.
Je pense aujourd'hui que cette période m'a été utile, car elle m'a permis d'assimiler tout ce qui s'était passé auparavant. Je prenais des notes en ayant à l'esprit qu'un jour viendrait peut-être où je devrais témoigner d'une manière ou d'une autre.
Je gardais malgré tout une confiance absolue.
Jérusalem
Parmi les projets que nous faisions, ma femme et moi, il était souvent question de voyages.
-Je dois commencer par Jérusalem, lui disais-je.
Ma femme n'était pas vraiment décidée mais mon fils Martin avait promis de m'accompagner. Chaque fois que je lui rappelais sa promesse, il me répondait qu'il était débordé de travail et qu'il ne pouvait se libérer. Aussi, lui dis-je un jour:
-Ecoute Martin, il y a cinquante ans que j'attends de faire ce voyage, alors viens-tu ou non avec moi?
Sa réponse fut négative. Mais cette fois-ci, j'étais bien décidé et j'organisais mon voyage en compagnie d'un groupe de pèlerins.
Une tante religieuse de ma belle-fille Anne-Marie, qui rentrait elle-même de Jérusalem quelque peu déçue, me dit:
-Je vous porterai des prospectus.
-Je vous remercie, ma soeur, répondis-je, mais je n'ai besoin de rien. Je marcherai sûrement dans les pas du Christ, à l'endroit même où il a marché il y a 2000 ans. Sans doute, les sentiers sont-ils devenus des chemins et les chemins des routes, mais je serai comblé.
Ma soeur d'Urrugne faisait le même pèlerinage en compagnie d'un autre groupe. Nous ne nous sommes jamais rencontrés sur place.
Nous avons parcouru tous les lieux saints, allant de Jérusalem à Nazareth et à Bethléem. J'ai été particulièrement ému en me rendant sur le mont Thabor là où le Christ a été transfiguré. Là où, de sa voix sortant d'une nuée, Dieu a dit aux apôtres:
-Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le!
C'est cette même nuée que je vis dans l'église de Provins et la frayeur qui me saisit à ce moment-là, est la même que celle qui frappa les apôtres Pierre, Jacques et Jean.
Au bout d'une dizaine de jours, nous prenions l'avion de retour à Tel-Aviv. Je demandais leur impression aux pèlerins de mon groupe. Personne n'était enthousiaste, alors que moi, j'étais épanoui et radieux. Depuis je ne cesse de répéter autour de moi que tout catholique pratiquant, homme ou femme, devrait faire ce voyage à Jérusalem. Il en reviendrait régénéré.
Moi-même, je n'y suis jamais retourné. J'aimerais tant y emmener ma femme.
23 et 24 janvier 1984
Madame Pité venait de décéder. Pendant trois jours, elle m'est apparue trois fois et sans rien dire, elle me regardait. Je ne comprenais pas le sens de cette apparition. Désemparé, je demandai à Dieu:
-Mon Dieu, mon Dieu, que dois-je faire pour Madame Pité?
A six heures du matin, la Voix de face m'a répondu:
-Tu dois prier. Elle attend tes prières pour pouvoir aller au Paradis.
Aussitôt, je récite trois Notre Père et trois Je Vous Salue Marie. Puis je regarde en face de moi: Madame Pité était encore là. Je me remets à prier un peu et Madame Pité s'est alors effacée.
Madame Pité était une personne pieuse. Cependant à la mort de sa mère, elle avait refuser de se réconcilier avec ses frères et soeurs. C'est pour cela qu'elle ne pouvait aller de suite au Paradis: cela m'a été dit par la Sainte Vierge.
13 juin 1985
En moi, je m'étais fixé comme un contrat quotidien pour prier. Le 12 juin, nous avons travailler à planter des fleurs à la ferme. Ce soir-là, fatigué, je fais donc ma prière. Le lendemain matin, 13 juin 1985, à six heures trente, la Voix de face m'a dit:
-Tu n'es pas obligé de prier.
Moscou - Léningrad (avril 1987).
-J'ai toujours adoré l'histoire et la géographie et voué une grande admiration à Napoléon. Je rêvais d'aller en Russie sur les traces de la Grande Armée qui n'avait pas réussi à prendre Moscou, car les armées russes pratiquaient la stratégie de la terre brûlée.
A Guéthary, ce jour-là, je travaillais dans le jardin mais il pleuvait. Hector, notre maître d'hôtel, regardait le ciel et me dit:
-Monsieur Ibarboure, vous réfléchissez à ce que vous devez faire?
-Ca y est ma décision est prise: je pars en Russie du 4 au 11 avril prochain, lui répondis-je.
Et me voilà parti -seul- ma femme ayant refusé de m'accompagner. Il s'agissait cette fois encore d'un voyage organisé, auquel participait une majorité de gens de la région.
Nous avons eu un temps magnifique durant tout le séjour malgré une température de cinq degrés au dessous de zéro. On avait l'impression d'avoir moins froid que lorsqu'il fait zéro degré chez nous.
A l'aéroport de Léningrad, je prenais un café au lait en attendant l'avion qui devait nous ramener à Biarritz, lorsque j'entendis à côté de moi une dame affirmer:
-Ce beau temps et tout ce monde ici, c'est le fait du hasard!
Je me levai et lui répondis gentiment:
-Non, madame, vous vous trompez complètement. Ce temps magnifique et tout ce monde, c'est la création de Dieu. J'ai eu cette révélation par l'Ange de Dieu en février 1946, en l'église de Provins.
-Mais qui êtes-vous, Monsieur?
Je lui dis que j'étais quelqu'un qui avait conservé envers Dieu le même coeur d'enfant que le jour de sa communion privée, le 20 avril 1930!
Cela avait été plus fort que moi! Je me suis montré tellement convaincu de ce que je disais et tellement affirmatif que les gens autour de moi s'interrogeaient et se demandaient qui j'étais. A la suite de cet incident, plusieurs personnes sont venues me rendre visite à Guéthary tant elles avaient été impressionnées par ma conviction. Mais cette conviction me venait de Dieu lui-même.