Chapitre III BRIKETENIA

Lourdes ( de 1946 à 1950)

Malgré les travaux de la ferme, il y avait un rendez-vous annuel que je ne manquais sous aucun prétexte jusqu'à mon mariage.C'était le premier pélerinage diocésain à Lourdes qui avait lieu à la mi-mai. J'y faisais office de brancardier avec quatre ou cinq copains d'Ascain et une quinzaine d'autres jeunes d'Urrugne et de Saint-Jean- de Luz.

Nous partions le vendredi après-midi pour ne rentrer que le lundi soir.

A l'aide de bretelles en toile écru (le cuir ne viendra qu'en 1950), nous transportions les malades et les infirmes du diocèse, de leur hotel à la grotte et les ramenions ensuite à leur hôtel.

C'était moralement très émouvant. J'étais jeune et n'avais jamais vu de grands malades. Le premier handicapé que l'on me confia était jeune et venait des environs de Saint-Jean-Pied-de Port avec sa soeur. Il n'avait jamais marché, une de ses jambes étant beaucoup plus courte que l'autre.

En le conduisant aux bains, j'implorai Dieu :

-Pourquoi ? Pourquoi est-il dans cet état-là ?

Aloes que moi, je suis valide !

En rentrant à la maison, Maman me demanda quelles impressions je rapportais de mon pélerinage.

-Je rapporte la santé. Il n'y a que ça qui compte. Avec la santé on a tout. Voilà ma réponse !

Je revois encore ce jeune homme tout désarticulé. Ca me fait mal quand j'y pense. Il m'aura marqué pour la vie.

Jeudi 28 avril 1949.

Ce jour-là, j'ai fait la connaissance de ma femme par l'intermédiairre de l'abbé Kaiet Carrère, ancien vicaire d'Ascain. Nos pères respectifs, Martin Sosaya le père de ma femme et Jean-Baptiste Ibarboure, le mien, avaient fait leur service militaire ensemble puisqu'ils étaient nés la même année, en 1883. Ils s'aimaient comme deux frères. Tous deux sont rentrés de la guerre 1914-18 ; mon père avec la Croix de Guerre.

L'abbé Carrère m'a donc emmené voir ma future femme à Guéthary car son père qui était mourant, souhaitait que j'épouse sa fille. En passant le seuil de la porte d'entrée de la maison Briketenia, la Voix me dit en basque :

-Hik hemen hotela eginen duk (Tu construiras un hôtel à cet endroit).

 Ma surprise était grande car rien ne me préparait à ça : en dehors du travail de la terre, je ne savais rien faire. Il est vrai que j'avais beaucoup de goût pour la cuisine. Après mon certificat d'études, j'avais demandé à Maman si parmi ses connaissances, il ny avait pas quelqu'un qui aurait pu m'apprendre la cuisine.

-Ne dis rien, m'ordonna-t-elle, car si tu pars, tes frères voudront faire comme toi !

Je n'ai rien dit. C'était fini.

Mais la Voix avait imprimé en moi ces quelques mots qui trouveront leur concrétisation quelques années plus tard.

Pour en revenir à ce 28 avril 1949, le soir même, au moment de me coucher et après avoir récité une prière, je demandai à Dieu :

-Errazu Jainkoa, erran behar nauzu arratsalde huntan ezagutu dutan neskatxa gazte hori enetzat andretzat egina den, eta igande guziz enekin mezarat etorriko den.

(Mon Dieu, vous devez me dire si la jeune fille que je viens de connaître cet après-midi, est faite pour devenir ma femme, et si elle viendra tous les dimanches à la messe avec moi ?)          

Le lendemain à mon réveil, la Voix très douce me dit:

-Bai, hartzen ahal duk andretzat. (Oui, tu peux la prendre pour femme).

 Mais à ma question à propos de la messe, je n'ai pas reçu de réponse.

J'épousai Jeanne Marcelle Sosaya le samedi 15 octobre 1949. C'est elle qui avait fixé la date. Il n'y avait pas d'être plus heureux que moi à cette annonce. Il est vrai que nous n'avions pas perdu de temps ! Je pensais que nous nous fréquenterions encore quelque temps. Mais il fallut tenir compte de la santé précaire de son père qui s'éteindra le 22 juin 1949. 

Il n'y eut pas de grand repas de noces ; seulement un apéritif après la messe réunissant parents et amis, puis un repas avec les intimes.

Pour la circonstance, j'étais allé inviter un cousin germain de Maman. En fin de conversation, sa femme m'interpelle :

-Michel, je dois vous dire quelque chose. Si la communion des jeunes a tenu le coup pendant la guerre, c'est grâce à vous. Mes enfants ne voulaient pas y aller, mais je vous ai toujours cité en exemple.

J'ai trouvé cela extraordinaire par la suite. Il est vrai que j'ai toujours été attiré par la communion. Mais, je ne voyais rien là d'exceptionnel. 

Arrivée à Briketenia. 

J'ai quitté ma maison natale le jour de mon mariage pour m'installer à Briketenia qui était la maison de ma femme. Mes parents m'avaient dit :

-Prends la vache que tu veux !

Ce que je fis et quelques mois plus tard, j'achetais un petit âne - que nous avons appelé Bambi - pour m'aider à transporter les charges les plus lourdes. J'ai continué à travailler la terre. C'était un peu comme Abraham qui, lui, était berger. A cette époque, je ne cultivais des légumes que pour notre consommation personnelle. Ces mois furent les plus pénibles de ma vie, car je n'avais pratiquemment rien à faire. Je végétais, moi qui travaillais tant à Ascain !

Chaque fois que je voyais quelqu'un travailler, je me disais que je ne savais rien faire et que j'étais un incapable. A ce moment-là, je voyais un petit oeil qui s'allumait en moi au niveau du plexus. Cela durait seulement deux ou trois secondes. 

Je me demandais encore ce qu'il m'arrivait, je ne trouvais pas d'explication. Mais au fond de moi, j'avais la certitude qu'il fallait ne pas me décourager.

Cela a cessé lorsque j'ai commencé à bricoler.

2 novembre 1951. 

Quelques jours auparavant, une idée avait surgi dans mon esprit. Il s'agissait de trasformer le grenier de Briketenia en appartement dans le but de le louer pour la saison touristique. Oui, mais voilà, je ne savais rien faire. J'étais allé voir un maçon, mais celui-ci avait refusé de venir travailler chez nous.

A sept heures et demie du matin, ce jour-là, j'étais dans le grenier et constatais mon impuissance devant l'ampleur de la tâche, lorsque la Voix de face me dit :

-Zertako ez diok Jainkoari galdetzen grazia lan horren egiteko ? (Pourquoi ne demandes-tu pas à Dieu la grâce de réaliser toi-même ce travail ?)

Une deuxième Voix reprit - en moi cette fois-ci - et en français :

-De temps en temps à la messe, tu entends Monsieur le Curé dire au semon qu'il faut demander des grâces à Dieu... Alors pourquoi tu ne Lui demandes pas la grâce de faire ce travail ?)

Je pris aussitôt un petit burin avec lequel je creusai un peu le mur extérieur afin d'apprécier la couleur du mortier à crépir. Cette couleur me guiderait.

Sans que je puisse l'expliquer, dès onze heures du matin, j'étais à l'ouvrage et je crépissais moi-même le mur.

Même chose pour l'angle du mur : je ne savais pas comment m'y prendre. En me réveillant, je vis l'image d'une planche collée au mur. J'en déduisais que je devais procéder de la sorte.

Petit à petit, et n'ayant jamais rien appris, j'étais capable de tout entreprendre moi-même, de me débrouiller tout seul : c'était incroyable ! J'étais guidé de manière surnaturelle.

31 mai 1952.  

Je terminais les travaux de l'appartement et devais poser la porte d'entrée qui m'avait été vendue par l'entrepreneur Monsieur G... J'avais la porte mais pas l'encadrement. Monsieur G... me promit de le faire un peu plus tard. Au bout de cinq mois, ne voyant rien venir, je vais aux nouvelles. A mon grand étonnement, il refuse de faire cet encadrement.

-Que dois-je faire maintenant ? lui dis-je.

-Va le faire faire où tu veux ! me répond-il tout en ricanant.

A cet instant, alors que je me trouvais encore dans le bureau de Monsieur G..., j'eus la vision d'une petite flamme allumée sur mon front. "Que m'arrive-t-il encore ?" pensais-je.

La Voix de face me dit :

-Hoa Azkainerat Kantatxoen ganat, harek eginen hauzki kuxian. (Va à Ascain chez Kantatxo, lui te le fera immédiatement).

Je me rendis aussitôt chez Kantatxo à Ascain, en vélo. Bien que débordé de travail, il accepta de fabriquer cet encadrement de porte.

Pour en revenir à la flamme, je dois préciser que je n'ai éprouvé aucune sensation de chaleur, que sa luminosité était tout à fait semblable à celle d'un cierge d'église. Cette flamme a duré aussi logtemps que la Voix a parlé, puis elle a disparu ! Mais j'étais tellement réconforté. J'ai eu l'impression d'une présence. Je pensais encore une fois à l'intervention de l'Ange. Je n'envisageai pas une seconde que cela puisse venir de Dieu car pour moi, Il était bien au-dessus de tout ça.

L'appartement fut loué durant une douzaine d'années à Monsieur M..., commissaire-priseur à Toulouse. Mais l'idée, qui m'avait été soufflée en novembre de l'année précédente, de transformer Briketenia en hôtel ne me quittait pas.

Comment faire ? Je trouvais l'endroit triste, lugubre même. Je n'osais en parler ni à ma femme, ni à sa tante qui l'avait élevée et qui vivait avec nous, de peur de les effrayer, de créer une révolution. 

D'un commun accord et après mûre réflexion, j'ai tout de même réussi à les convaincre d'ouvrir un magasin d'alimentation. Ce fut chose faite en juin 1953.

Nous travaillions bien et avions une clientèle nombreuse et fidèle, mais j'avais la certitude au plus profond de moi que l'hôtel verrait le jour. Les choses avançaient lentement. Je devrais attendre jusqu'en 1966. 

Ma femme - Mes enfants. 

Quand j'ai épousé ma femme, elle venait de perdre son père et vivait à Briketenia avec sa tante. Elle n'a pas connu sa mère qui mourut en laissant deux enfants en bas-âge : ma femme et son frère aîné de huit ans. Ce dernier fut tué pendant la guerre de 1940.

Ma femme avait été privé d'affection, et n'avait jamais connu la chaleur d'une vraie famille, ni même le bonheur d'embrasser sa mère, contrairement à la chance que j'ai eue. Elle n'avait eu ni une belle enfance, ni une belle jeunesse.

Après notre mariage, je voyais bien qu'une activité lui serait tout aussi bénéfique qu'à moi. D'où mon idée de l'alimentation. Mais sa vie a véritablement changé à la naissance de notre premier enfant.

Elle a été pour moi d'une aide très précieuse, me secondant à merveille. En 1992, je l'ai mise à la tête de notre affaire, puisque je venais de prendre la retraite.

Une petite anecdote à propos de Marcel Sosaya, le grand-père de ma femme : il se rendait souvent d'Ahetze à Bidart, à la source Uronea, pendant neuf jours consécutifs, pour soigner un eczéma rebelle dont il avait tellement honte. Il s'y rendait avant le lever du jour de façon à ne pas être vu car il craignait qu'on le prenne pour un lépreux, comme dans les temps anciens.                   Jean-Philippe, l'aîné de mes enfants, est né le 28 septembre 1950 et Martin, le cadet, le 3 novembre 1958.                                                                   Tous deux sont cuisiniers et ont longtemps travaillé avec nous. Puis finalement, notre affaire prenant de l'importance, je l'ai divisée en deux en distinguant l'hôtellerie et la restauration.                                                   Actuellement, ils dirigent le restaurant La Table des Frères Ibarboure et sont secondés par leurs épouses. Chacun d'eux a deux enfants.                             Je suis un père et un grand-père comblé.                                                                                                                                                               15 nov embre 1959.                                                                                                                                                                                             En me réveillant à cinq heures et demie ce jour-là, la Voix me parle :

-Egin beharko duk etxe bat, Madame Pité-rentzat eta haren alabarentzat. (Tu devras construire une maison pour Madame Pité et sa fille). Mais comme je ne comprenais pas bien, j'ai demandé :
-Comment dois-je m'y prendre pour construire cette maison ?                         Aussitôt la Voix m'a répondu :                                                                   -Bera etorriko duk. (Elle viendra elle-même).                                               Sur le moment, je n'ai pas saisi ce que cela voulait dire. Mais au printemps 1960, après une terrible tempête, une partie de la maison de Madame Pité s'est écroulée. Madame Pité me disait que le maire allait s'en occuper. Toutefois le temps passait et rien n'était entrepris.                                     Le 15 septembre 1960, vers quatorze heures trente, je vois madame Pité venir à ma rencontre. La Voix de face me dit alors :                                             -Orain heldu duk hiri galdetzerat etxea egiteko.                                           (Maintenant, elle vient te demander de lui bâtir une maison).                         Effectivement, Madame Pité me demanda aussitôt :                                     -Michel, je viens vous voir...                                                                     -Madame Pité, je sais pourquoi vous venez me voir, lui répondis-je et je lui racontais ce que m'avait dit la Voix.                                                           Mais elle ne comprit rien de ce que je lui disais. Le 1er juin 1961, Monsieur et Madame Pité et leur fille emménageaient dans leur nouvelle maison.             Pendant que je travaillais pour elle, Madame Pité nous rendit un fier service.   Au printemps 1961, mes enfants avaient tous deux attrapé la coqueluche. Le docteur Heuty me dit :                                                                             -Il leur faut l'air de la montagne. Connais-tu quelqu'un qui pourrait les accueillir ?                                                                                               Après un temps de réflexion, je répondis :                                                   -Bien sûr que je connais quelqu'un : mon cousin germain Jean-Baptiste Zozaya, qui est curé à Hélette.                                                                 Et c'est Madame Pité qui les a accompagnés à Hélette et qui est restée avec eux durant trois semaines. Ma femme et moi allions les rejoindre le dimanche. Ils sont rentrés complètement guéris.

1962.                

En pleine période estivale, une voisine, Madame P... qui tenait un petit commerce, fit courir le bruit que j'avais volé des parpaings. Ma femme et moi pensions donner une suite judiciaire à cette affaire à la fin de la saison.         Le dimanche 16 septembre à Guéthary, à la première messe du matin, je m'apprêtais à descendre de la galerie pour communier quand soudain j'entendis à nouveau la Voix de face. Et quelle ne fut pas ma surprise ? A environ soixante centimètres de moi se tenait un jeune homme d'environ vingt-cinq ans, d'une beauté indescriptible. Il était vêtu d'un costume de clergyman gris très fin avec un petit col avocat gris clair et une chemise blanche dont les manches dépassaient. Je ne distinguais que son buste. Son visage était comme voilé (par un brouillard semblable à celui qui cachait le Paradis lors de ma vision du 5 février 1946), mais je voyais très bien ses lèvres bouger. Il me dit :                                                                           -Ez haiz gaten ahal komuniatzerat, Madame P-ri nahi diok. Barkazok... (Tu ne peux pas aller communier, car tu en veux à Madame P... Pardonne...)             J'ai baissé la tête, fermé les yeux et j'ai répondu :                                       -Barkatzen diot orduan...(Alors je lui pardonne...)                                         Et le jeune homme a continué :

-Orain hoa komuniatzerat. (Maintenant va communier).

Quand j'ai relevé la tête pour le regarder, l'Ange de Dieu avait disparu. A ce moment, j'ai été envahi par un parfum de roses Papa Meilland extraordinaire...Et aussitôt, la Voix en mon intérieur a enchaîné :

-Qu'est-ce que pardonner pour toi qui a la conscience si tranquille ? Elle a dit cela par méchanceté.

Je peux dire que je n'étais pas très fier de moi devant cet Ange qui me parlait et qui ne semblait pas très content de moi...

Un dimanche d'août 1962.

Comme d'habitude, à cinq heures trente du matin, j'allais à la messe à la cathédrale de Bayonne.Un monsieur me disait à chaque fois devant ses amis: -Ibarboure, dépêche-toi, tu vas rater ta messe ! 

Et tout le monde de rire...

Je demandais souvent à Dieu de me donner quelque chose à répondre. Cette réponse tant attendue arriva finalement et ce jour-là je répliquai :

-Ah ! Tu ris de celui qui va à la messe ? Moi je ne ris jamais de ceux qui n'y vont pas !

A partir de ce moment, je n'entendis plus de commentaires de la part du monsieur en question.

L'hôtel.

Puis vint le moment tant espéré.Le 2 novembre 1963 débutaient enfin les travaux de transformation de la maison Briketenia en hôtel.Les agrandissements furent achevés le 1er juin 1964.L'année suivante, nous louions déjà quelques chambres grâce à Monsieur et Madame Miremont, de l'hôtel Aguerria qui est situé un peu plus haut que notre maison.

Et le dimanche 20 juin 1960 fut le premier jour d'ouverture de l'hôtel Briketenia. Je faisais la cuisine avec mon fils Jean-Philippe qui était encore en apprentissage. Ce dimanche-là, nous avons servi trente-deux clients.

Nous étions toujours complets. Il est vrai que nous pratiquions des prix attractifs. On m'avait même appelé de Paris pour savoir si je respecterais ces tarifs.

-Bien sûr que nous les respecterons !

-Eh bien, je vous félicite, Monsieur Ibarboure !

Mars 1970.

Ma mère mourut au soir du 12 mars. Cette séparation fut très douloureuse pour moi. Je pensais à elle à longueur de journée.

Le jeudi 20 mars, entre neuf heures quinze et neuf heures trente du matin, la Voix me parla comme si elle-même était étonnée.

-Pouquoi penses-tu toujours à ta mère ? Elle est très bien maintenant. Mais tu iras communier tous les dimanches à sa place. 

Depuis j'ai l'impression que ma mère est toujours à côté de moi. Le fait d'aller communier tous les dimanches me contrariait un peu car j'étais pratiquement le seul homme au milieu de plusieurs femmes. Mais dès que le moment de la communion arrivait, j'étais soulevé par une force à laquelle il m'était impossible de résister. Il fallait que j'y aille ; c'était comme si on m'y portait.

Depuis que la Voix m'a demandé d'aller communier tous les dimanches, je ne me suis plus jamais dit : aujourd'hui tu n'iras pas communier. J'y suis toujours allé le coeur léger. Tous mes scrupules ont été effacés.

Mai 1974.

Une nuit, je vis ma mère en songe qui me disait :

-Viens par ici, Michel... Comment allez-vous ?

-Jeanne (ma femme) va bien, les enfants aussi, répondis-je.

Elle avait l'air radieux et était habillée exactement comme lorsqu'elle se rendait au marché.

Tout d'un coup, une question me vint à l'esprit :

-Amatto, ikusten duzu Jesus ? (Maman, voyez-vous Jésus ?)

Sa réponse a été immédiate :

-Izigarria duk prestua, izigarria duk prestua. (Il est très doux, il est très doux).

-Et Di... ? mais je n'arrivai pas à prononcer le nom de Dieu et je me réveillai, bouleversé par ce songe. Alors la Voix en mon intérieur me dit aussitôt :

-Tu es long à comprendre, toi aussi... Tu ne sais pas que le Christ et Dieu sont Un ? Ta mère ne t'avait pas cru lorsque tu lui avais dit que tu avais la certitude de l'existence de Dieu. C'est pour cela que depuis longtemps elle voulait venir te le dire elle-même.

J'étais complètement bouleversé. Je le suis toujours autant quand j'y pense aujourd'hui.

Année 1976.

Au moment de l'institution de la loi sur l'avortement, je dis à ma femme :-Jainkoak punituko du gizona. Zerbait izigarri etorriko da.
(Dieu punira l'homme. Quelque chose de terrible va arriver).
Un an plus tard, jour pour jour, une Voix très douce me dira alors en mon intérieur :
-Jainkoak ez du sekulan gizona punitzen : gizonak berak punitzen du bere burua.(Dieu ne punit jamais l'homme : l'homme se punit lui-même par sa faute).

Printemps 1978. 

Un an plus tard, j'avais regardé à la télévision une émission sur l'avortement. J'étais boulversé, moi qui savais que Dieu existait. Quelques jours après, je me réveille vers trois heures du matin, et j'entends la Voix de face qui me dit doucement :

-Ez hadila hoinbertzetaraino kexa :haren gorputza aspiratuko ditek bainan ez horren arima.

(Ne sois pas si désolé : ils aspireront son corps mais pas son âme).

A ces mots, je resentis un énorme soulagement.

La Voix reprit :

-Hainbat gaixto bizi hori hartzen duen gizonari eta emaztekiari.(Gare à l'homme et à la femme qui supprime cette vie).

Avant que cette première Voix ne se taise, une seconde Voix, féminine celle-là, s'est mise à parler en mon intérieur, en français :

"Et quand l'âme de la maman se présentera devant Dieu, l'âme de ce corps martyr sera là aussi et lui dira :

-Comment vas-tu, maman ?

-Qui es-tu ? Je ne te connais pas.

-Je suis l'âme du corps que vous avez supprimé tel jour à telle heure. Depuis, je n'ai cessé de prier pour toi car je te veux à côté de moi. Mais cela, c'est le secret de Dieu. Les âmes des martyrs prient toujours pour les âmes de leurs bourreaux, pour que celles-ci aillent au Ciel."

Plus tard, dans la même nuit, la Voix d'en face me dit :

-Presta hadi, egun batez horiek denak ixkiriatu beharko dituk. (Prépare-toi, un jour il faudra écrire et parler de tout cela).

C'était la première fois que ma mission était clairement définie. Ce qui fut terrible par la suite, c'est qu'on ne me disait pas comment je devais m'y prendre. J'ignorais également qu'en ce printemps de l'année 1978, je recevais le dernier message avant la longue "traversée du désert". Je dois ajouter que j'ai cru pendant logtemps, que par ces deux voix, c'était l'Ange de Dieu qui me parlait. 











                         
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