Chapître II Premières Révélations
Bordeaux.
Faisant partie de la classe 43, j'ai été mobilisé le 2 mai 1945. Nous étions toujours en guerre, puisque l'armistice ne sera signé que six jours plus tard, le 8 mai 1945.
Ce 2 mai au matin, je pris part à la procession des Rogations à Ascain. Le soir, je pris le train de Bordeaux avec mon grand copain Gracy pour aller passer le conseil de révision à la caserne Xaintrailles.
Je fus affecté dans l'artillerie antiaérienne. Notre unité disposait d'un petit canon antiaérien de 40m/n équipé de quatre chargeurs et d'un radar muni d'écouteurs dont j'étais responsable. On ne voyait pas d'avion, mais seulement une "abeille" qui se déplaçait sur l'écran. La génératrice était cachée dans un coin et à partir de ces équipements, nous faisions aller l'avion là où nous voulions. J'avais obtenu des notes extraordinaires.
Alsace.
De Bordeaux, je suis parti en Alsace, à Altkirchen, pour y faire mes classes. Il y avait un autre Basque de Saint-Martin d'Arberoue : Dominique B...Habituellement, je ne sortais jamais en ville. Mais, la veille de la Saint Jean-Baptiste je décidai d'aller me confesser. J'en informe mon camarade Dominique. Pendant mon absence, quelque supérieur a besoin de moi et interroge Dominique qui fait l'ignorant et répond qu'il ne sait pas où je suis.
A mon retour, un camarade de chambre me demande:
-Alors Michel, où étais-tu?
Je réponds que j'étais allé me confesser pour pouvoir communier le lendemain. Que n'avais-je pas dit. La révolution dans le dortoir! Tout cela parce que j'étais aller me confesser. Il y eut même un qui lança à la ronde:
-Voilà encore quelqu'un qui croit au Père Noël!
J'avais trouvé cette remarque magnifique.
-Te rends-tu compte de la pagaille que tu as mise? me dit mon copain en Basque.
-Comment? Toi aussi, tu es contre moi? répondis-je.
M'adressant à l'ensemble de mes camarades :
-Venez face à moi, si vous en avez le courage !
Trois seulement sont venus.
-Qu'avez-vous à critiquer? Vous m'en voulez parce que je suis allé me confesser et que je souhaite communier demain matin? Est-ce que moi, je vous fais des remarques parce que vous n'y allez pas ? Dois- je faire ce que je veux ou bien ce que vous faites, vous ?
Après un bref silence, les trois gars qui me faisaient face dirent :
-Ibarboure a entièrement raison. Laissons-le tranquille!
La soirée s'acheva dans le calme. Mais le lendemain, au cours du petit-déjeuner, comme je n'avalais rien pour pouvoir communier, les critiques reprirent de plus belle :
--Si tu ne bois pas, nous on va boire ! me dit B...
-Si tu es un homme, tu laisseras, sinon tu boiras, répondis-je.
Sue ce, je pars à la messe. En me présentant au poste de police, le maréchal des logis-chef me dit :
-Pourquoi sortez-vous si tôt ?
-Je vais à la messe pour y communier.
-Eh bien ! Si seulement il y en avait beucoup comme vous ici dedans ! Vous n'avez pas besoin de me saluer de nouveau au retour.
Cette discussion avait tellement marqué mes camarades, que le dimanche suivant, onze d'entre eux m'accomagnaient à la messe et sept le dimanche suivant. Mon copain basque était lui aussi des nôtres.
L'Allemagne.
Nous avons quitté l'Alsace, pour aller passer deux mois en Allemagne. Nous étions cantonnés à Saltzstadt, près de Friebourg en Forêt Noire. Un adjudant-chef nous accueillit et nous demanda de nous présenter. Vint mon tour. Je déclinai mon identité. A la suit de quoi, il me demanda:
-De quelle religion êtes-vous?
-De religion catholique, répondis-je.
-Est-ce que vous pratiquez? insista-t-il.
Je lui dis que j'allais tous les dimanches à la messe et pratiquement toujours aux vêpres.
-Soyez à neuf heures trente précises devant votre cantonnement. Un camion viendra vous prendre pour vous conduire à la messe!
-Mon adjudant, ne craignez rien, j'y serai au moins dix minutes avant l'heure, affirmai-je.
Le chauffeur de la camionnette Dodge qui me conduisait à l'église ne m'adressait jamais la parole. Je voulais pourtant lui être agréable et lui proposais d'aller boire ce qui lui plaisait dans un petit bar situé près de l'église, en lui promettant de remettre ça à mes frais, à la sortie de la messe.
Il refusait chaque fois, démarrait en trombe et ne disait mot pendant tout le trajet.
Durant ces deux mois, j'ai toujours été seul à attendre le camion.
Même mon copain basque refusait de m'accompagner, car il avait honte de venir seul avec moi. Il pensait qu'on rirait de lui. Ah! s'il y avait eu une vingtaine d'hommes en plus, il serait sûrement venu.
Notre groupe d'artillerie était composé de quatre batteries d'une centaine d'hommes, réparties sur un territoire allant par exemple de Guéthary à Bidart et d' Ahetze à Arbonne. Je faisais partie de la troisième batterie. Notre aumônier avait le grade de lieutenant.
De mon sejour en Allemagne, je retiendrai également une petite anecdote:
En face de mon lit, il se trouvait celui d'un Algérien ou d'un Marocain. Il était deux heures du matin, il venait de rentrer, et était en train de manger. Je lui en fis la remarque, ce qui ne lui avait pas plu. Il me répondit d'un ton sec:
-Je fais le ramadan!
-D'accord, je comprends maintenant. j'ignorais que tu étais de religion musulmane, lui dis-je.
Tout était arrangé. Comme j'occupais alors la fonction de brigadier, j'évitais de lui confier du travail dans la journée, puisque je savais qu'il ne se nourrissait pas.
Provins
Le 15 septembre 1945, nous quittions l'Allemagne, direction Paris. Après un court passage à l'Ecole Militaire, nous atterîmes enfin à la caserne Delor, à Provins.
Dans cette caserne, nous étions déjà considérés comme des anciens. Les corvées étaient réservées aux jeunes. Quant à moi, je devais placer trois ou quatre sentinelles à des postes différents. On me jalousait terriblement mais je n'y pouvais rien. Le chef me disait souvent:
-Si jamais on vous dit quelque chose, attention!
J'avais le droit de donner des punitions de deux jours de consigne "avec demande d'augmentation". Je ne l'ai jamais fait.
Première révélation: le 24 octobre 1945.
Un jour, le brigadier de semaine me dit:
-Michel, tu iras à Paris avec une dizaine de tes camarades, du 23 octobre au 10 novembre, pour garder et surveiller le travail de prisonniers allemands.
-Où ça à Paris? A l'Ecole Militaire,
-Non, au Vieux Fort de Vincennes. Il y a environ sept cents prisonniers là-bas et on nous demande des renforts.
Le 23 octobre au soir, installés dans les GMC, nous voilà partis sur la route de Paris. Dès le lendemain matin à huit heures trente, le maréchal des logis nous appelle chacun à notre tour et nous confie un groupe de prisonniers.
Il m'en affecta dix-sept et me donna des consignes précises: "Il faut être assez sévère, et surtout ne pas les laisser ramasser les mégots, etc..."
A cet instant précis, j'entendis soudain en moi une voix qui commençait à parler en basque. Elle était à la fois en moi, devant moi, autour de moi. Cette voix m'enveloppait, m'inondait:
-Behazutek ongi deneri...Egun batez horietarik batek egin bahau zerbeit, horrentzat izanen haiz hoberena. (Regarde-les bien tous...Si un jour l'un d'entre eux t'a fait quelque chose, c'est avec lui que tu seras le plus aimable.)
A cet instant, toute la haine que je portais en moi a disparu, s'est liquéfié pour toujours. Il est vrai que la haine de l'Allemand était forte, entretenue qu'elle était par les récits de l'Histoire de Franc et parr ceux que m'avait racontés mpon père sur la guerre de 1914.
J'étais totalement désarmé, regardant autour de moi, observant les réactions des uns et des autres. Ils n'avaient rien entendu, eux. J'avais affaire à un interlocuteur invisible, qui me parlait en basque et qui me tutoyait. C'était une voix d'homme extraordinaire, qui me prenait tout entier.
J'étais jeune à l'époque. Je pensais que cela venait de moi et j'ai continué à vivre et à travailler normalement.
Quant au groupe de prisonniers dont j'avais la charge, je peux vous dire qu'il a été bien traité!
Nous sommes rentrés à Provins le 10 novembre, car, le lendemain, nous devions présenter les armes au Monument aux Morts, en présence d'un Général, pour l'anniversaire de l'Armistice de 1918.
Deuxième révélation: du 15 au 30 novembre 1945.
QUELQUES JOURS PLUS TARD? A SEPT HEURES DU MATIN, alors que je me levais après une bonne nuit de sommeil, la voix mystérieuse me parle à nouveau en basque:
-Jainko bat baduk edo ez duk...Hiri, zer iduritzen zaik? (Y a-t-il oui ou non un Dieu? Toi, qu'en penses-tu ?)
J'étais à nouveau stupéfait et répondis en basque:
-Ba, katiximan ikasi dut Jainko bat badela zerulurrak egin dituenak, gizona eta emaztkia egin dituenak, eta orotan dena. (Oui, au catéchisme j'ai appris qu'il ya un Dieu qui a créé le ciel et la terre, qui a créé l'homme et la femme, et qui est en tout lieu).
Et puis plus rien. Mais moi, je restai complètement anéanti par cette épreuve. Vidé !
Le lendemain, à la même heure, en posant le pied gauche sur le plancher, la même Voix reprend:
-Hiri, zer iduritzen zaik...Jainko bat badela...edo ez dela ? ( Qu'en penses-tu toi? Y a-t-il un Dieu ou n'y en a -t-il pas ?).
Je répondis à nouveau:
-Erran zaitut atzo, ikasi dutala nere katiximan Jainko bat badela, zeru-lurrak egin dituenak, gizona eta emaztekia...( Je vous ai dit hier, que j'avais appris dans mon catéchisme qu'il y a un Dieu, qui a créé le ciel et la terre, l'homme et la femme...)
Et j'ai ajouté:
-...munduan orotan dena eta betidanik izan dena. Hiru Presunetan dena eta Hiruek Bat egiten dutela. (qu'Il est partout dans le monde et qu'Il a toujours existé, qu'Il est en Trois Personnes et que les Trois ne font qu'Un).
Et le silence.
Quelle épreuve ce fut pour moi! Je me sentais à nouveau complètement vidé. Mes compagnons de chambre autour de moi s'habillaient comme si de rien n'était. Personne d'autre que moi n'entendait cette voix.
Le troisième jour, même scénario. De plus en plus déstabilisé, je réponds:
-Horri ez dakit sobera zer erran, ikasi dut katiximan Jainko bat badela, bainan...(Je ne sais pas trop que vous répondre. Dans mon catéchisme, j'ai appris qu'il y a un Dieu, mais...)
Le quatrième jour, au même moment, la même question. Ma réponse fut alors:
-Ez dakit, ez dakit sobera zer erran. (Je ne sais pas, je ne sais pas trop quoi dire).
Je me demandais qui me parlait ainsi et me questionnait à propos de Dieu. Etait-ce ma petite soeur jumelle, décédée à l'âge de trois mois et demi? Elle devait être un ange maintenant. Ou bien, était-ce un autre ange? je penchais plutôt pour la deuxième hypothèse. Mais je me trompais. Je saurai beaucoup plus tard que c'était Dieu en personne qui me parlait, car il me l'a dit lui-même.
Quand à la Sainte Vierge, elle s'adresse à moi, de l'intérieur, c'est une voix de femme très distincte. Au début, je l'ai également prise pour ma petite soeur.
Le cinquième jour, la Voix me dit:
-Hura bezala bahintz, eta haren lekuan sortua bahintz, sinetsiko huen...Jainko bat badela? (Si tu étais né comme lui, et si tu étais né là où il est né, tu croirais...qu'il y a un Dieu?)
J'ai compris que la personne dont il s'agissait était un jeune militaire algérien qui s'habillait au fond de la chambre. Il avait un visage très marqué, laissant penser qu'il avait beaucoup souffert. Maigre, timide, il ne parlait presque pas. Il était toujours triste et j'avais beaucoup de peine pour lui.
Je répondis à cette nouvelle question:
-Ez da segur sinetsiko nuela, hori bezala izanen nintzen, pentsatzen dut.(Je ne sais pas, ce n'est pas sûr que j'aurais cru, je pense que j'aurais été comme lui).
Je commençais à douter, ne sachant plus quoi répondre. J'étais désemparé car cette voix me surprenait à chaque fois. Tel était mon état d'esprit au sixième jour.
Le septième jour, la Voix me questionna à nouveau au sujet du jeune musulman:
-Orduran hura bezala, haren lekuan sortua bahitz, ez huke sinetsiko...Jainko bat...badela ? (Alors, si tu étais né semblable à lui et là où il est né, tu ne croirais pas qu'il ya un Dieu ?)
-Nundik sinetsiko nuke, hori bezalakoa izanen nintzen dudarik gabe. (Je ne sais pas, j'aurais sans doute été comme lui).
En fait, j'allais apprendre un peu plus tard, par un ami du jeune Algérien, qui s'appelait Lemalchi, que le Dieu des musulmans et le Dieu que l'on enseigne au catéchisme, était le même.
Une anecdote à propos de Lemalchi. Tous les samedis, j'allais en ville, acheter du pain et de la charcuterie pour faire de bons sandwichs.
Il m'attendait à l'entrée de la caserne:
-Donne-moi un morceau de pain! me dit-il.
Je lui donne la moitié de mon sandwich. Aïe, aïe, aïe! Qu'avais-je fait! Il le jette à terre et le piétine. N'y comprenant rien, je me rebiffe:
-Que t'arrive-t'il, abruti? Pourquoi fais-tu ça alors que nous sommes de si bons camarades?
Il sort un canife de sa poche et me dit:
-Si tu n'avais pas été un si grand copain, je t'aurais rentré ça dans le ventre. Je sais que tu n'as pas fait exprès!
Je savais bien que les musulmans ne mangeaient pas de porc, mais je n'avais pas fait le rapprochement avec mon pâté.
C'est alors qu'il enchaîna:
-C'est l'occasion Michel. On va parler de Dieu. Du tien et du mien.
Nous étions sur la même longueur d'ondes et nous nous sommes rendus compte que nous aimions le même Dieu. Mais je n'ai toujours pas compris pourquoi les musulmans ne mangeaient pas de porc. C'est curieux, rien de cela ne figure dans les Commandements de Dieu.
Pour en revenir à ma Voix, toujours la même chose:
-Est-ce que tu es sûr qu'il y a un Dieu?
Mais au fil des jours, elle s'affaiblissait.
Et enfin, le douzième jour, tout doucement, j'entendis:
-Orduan hik...sinesten duk...Jainko bat badela (Donc toi...tu crois...qu'il ya un Dieu).
Ma réponse a été:
-Errazu Jainkoa, sekulan nere aintzinean edo nere ondoan, norbait gaizki mintzo bada zuretzat edo erraiten ari Jainkorik ez dela, nola behar dut egiazki finkatu zure izaitea gehiagoko zerik gabe ?
(Dites-moi, mon Dieu, si un jour quelqu'un dit du mal de vous devant moi ou dit à côté de moi que vous n'existez pas , comment vais-je donc pouvoir affirmer catégoriquement votre existence sans donner aucune preuve ?)
Depuis ce jour, je n'entendis plus la voix et la vie reprit son cours normal.
Troisième révélation : 5 février 1946.
Je venais de fêter mes vingt-trois ans. Mon chef me dit:
-Vous écrivez souvent à vos parents, Michel,
-Oui, répondis-je, deux fois par semaine. Le dimanche, une letrre et le jeudi, une carte.
-Je viens d'écrire à ma femme, me dit-il, voudriez-vous aller poster ma lettre puisque vous êtes libre cet après-midi?
Je me rends à bicyclette à la Place Saint-Ayoul (de Provins) où se trouvaient la Poste, la pharmacie et l'église où j'allais assister tous les dimanches à la messe de dix heures. Ce jour-là, le froid était vif mais il faisait très beau.
Je poste la lettre et au moment où je m'apprêtais à reprendre mon vélo tout en regardant l'église, une Voix me dit tout doucement en basque:
-Pourquoi n'irais-tu pas faire une prière à l'église, comme tu le fais parfois chez toi?
-Ba, ba egiten ahal dut, badut hastia. (Oui, je le peux, j'ai du temps devant moi) répondis-je.
J'entre donc à l'église; il n'y avait personne. Je m'avance jusqu'au deuxième banc, sur le côté droit et pose à côté de moi, mon calot et mes deux gants. Je récite trois ou quatre Notre Père et Je vous Salue Marie, puis je reprends dans ma main gauche mon calot et mes deux gants pliés l'un sur l'autre. Après une génuflexion, je me dirige vers la sortie. C'est alors qu'une Voix me dit en basque:
-Behazak gibelerat...zerbeit galtzen duk. (Regarde derrière toi...Tu perds quelque chose).
Sur ce, je regarde dans ma main gauche et je constate que le calot et les gants sont toujours là. Je réponds alors en basque:
-Mais je ne perds rien , moi!
Puis je continue d'avancer vers la sortie. Je saisis la poignée de la porte de ma main droite et j'ouvre pour sortir. A cet instant, plus fermement, j'entends:
-Behazak gibelerat...zerbeit galtzen duk. (Regarde derrière toi...tu perds quelque chose).
Alors, avec un peu d'impatience, en me retournant, je réponds à la voix:
-Bon, je vais regarder!
C'est alors que je vois un de mes gants par terre, à l'endroit même où je m'étais agenouillé.
Aussitôt cette Voix surnaturelle me dit:
-Sinesten ahal duk katiximan ikasi gusiak Jainkoaren gainean. (Tu peux croire tout ce que tu as appris sur Dieu dans ton catéchisme).
Un frisson terrible m'a traversé tout le corps de haut en bas jusqu'au bout de mon pied droit. En même temps, devant moi, je voyais un long chemin étroit, qui allait en se rétrécissant et en montant, et qui baignait dans une nuée blanche, un brouillard qui m'empêchait de voir au-delà. Le même brouillard qu'au Mont Thabor, où Dieu s'adressa à Pierre, Jean et Jacques à propos du Christ:
-Celui-ci est mon fils bien-aimé...
J'ai su qu'au-delà de ce brouillard se trouvait le Paradis. A cet instant, j'ai cru que c'était un Ange qui m'avait dévoilé l'existence de Dieu et je continuerai de le croire jusqu'au soir du vendredi 6 octobre 1995.
Le retour à la maison.
J'ai fait onze mois de Service militaire avec un mois de permission libérale car je n'avais jamais pris un seul jour de permission. J'avais le droit de voyager en chemin de fer sans limitation de kilomètres pendant un mois, tout en restant sous le contrôle de l'armée.
Je suis rentré à la maison le 18 mars 1946. J'ai pu souhaiter une bonne fête à Maman dès le lendemain puisque le 19 mars on fêtait Sainte Joséphine. Je m'empressai de lui raconter tout ce qui m'était arrivé à propos de la Voix de l'ange (comme je croyais à l'époque) et de ma vision à l'église de Provins. J'ajoutais que depuis lors, j'avais la certitude de l'existence de Dieu.
J'avais beaucoup d'affection pour ma mère.
Aussi ai-je été particulièrement malheureux, lorsque je vis qu'elle ne me croyait pas. Mais pas du tout! Son attitude m'a chagriné car je pensais que si quelqu'un me croirait sur le champ, ce serait bien elle! Elle même croyait en l'existence de Dieu, mais ne pouvait admettre que moi j'en avais eu la révélation et pas elle. Les parents croient toujours qu'ils ont plus de foi que vous, qu'ils sont mieux informés...
Faisant partie de la classe 43, j'ai été mobilisé le 2 mai 1945. Nous étions toujours en guerre, puisque l'armistice ne sera signé que six jours plus tard, le 8 mai 1945.
Ce 2 mai au matin, je pris part à la procession des Rogations à Ascain. Le soir, je pris le train de Bordeaux avec mon grand copain Gracy pour aller passer le conseil de révision à la caserne Xaintrailles.
Je fus affecté dans l'artillerie antiaérienne. Notre unité disposait d'un petit canon antiaérien de 40m/n équipé de quatre chargeurs et d'un radar muni d'écouteurs dont j'étais responsable. On ne voyait pas d'avion, mais seulement une "abeille" qui se déplaçait sur l'écran. La génératrice était cachée dans un coin et à partir de ces équipements, nous faisions aller l'avion là où nous voulions. J'avais obtenu des notes extraordinaires.
Alsace.
De Bordeaux, je suis parti en Alsace, à Altkirchen, pour y faire mes classes. Il y avait un autre Basque de Saint-Martin d'Arberoue : Dominique B...Habituellement, je ne sortais jamais en ville. Mais, la veille de la Saint Jean-Baptiste je décidai d'aller me confesser. J'en informe mon camarade Dominique. Pendant mon absence, quelque supérieur a besoin de moi et interroge Dominique qui fait l'ignorant et répond qu'il ne sait pas où je suis.
A mon retour, un camarade de chambre me demande:
-Alors Michel, où étais-tu?
Je réponds que j'étais allé me confesser pour pouvoir communier le lendemain. Que n'avais-je pas dit. La révolution dans le dortoir! Tout cela parce que j'étais aller me confesser. Il y eut même un qui lança à la ronde:
-Voilà encore quelqu'un qui croit au Père Noël!
J'avais trouvé cette remarque magnifique.
-Te rends-tu compte de la pagaille que tu as mise? me dit mon copain en Basque.
-Comment? Toi aussi, tu es contre moi? répondis-je.
M'adressant à l'ensemble de mes camarades :
-Venez face à moi, si vous en avez le courage !
Trois seulement sont venus.
-Qu'avez-vous à critiquer? Vous m'en voulez parce que je suis allé me confesser et que je souhaite communier demain matin? Est-ce que moi, je vous fais des remarques parce que vous n'y allez pas ? Dois- je faire ce que je veux ou bien ce que vous faites, vous ?
Après un bref silence, les trois gars qui me faisaient face dirent :
-Ibarboure a entièrement raison. Laissons-le tranquille!
La soirée s'acheva dans le calme. Mais le lendemain, au cours du petit-déjeuner, comme je n'avalais rien pour pouvoir communier, les critiques reprirent de plus belle :
--Si tu ne bois pas, nous on va boire ! me dit B...
-Si tu es un homme, tu laisseras, sinon tu boiras, répondis-je.
Sue ce, je pars à la messe. En me présentant au poste de police, le maréchal des logis-chef me dit :
-Pourquoi sortez-vous si tôt ?
-Je vais à la messe pour y communier.
-Eh bien ! Si seulement il y en avait beucoup comme vous ici dedans ! Vous n'avez pas besoin de me saluer de nouveau au retour.
Cette discussion avait tellement marqué mes camarades, que le dimanche suivant, onze d'entre eux m'accomagnaient à la messe et sept le dimanche suivant. Mon copain basque était lui aussi des nôtres.
L'Allemagne.
Nous avons quitté l'Alsace, pour aller passer deux mois en Allemagne. Nous étions cantonnés à Saltzstadt, près de Friebourg en Forêt Noire. Un adjudant-chef nous accueillit et nous demanda de nous présenter. Vint mon tour. Je déclinai mon identité. A la suit de quoi, il me demanda:
-De quelle religion êtes-vous?
-De religion catholique, répondis-je.
-Est-ce que vous pratiquez? insista-t-il.
Je lui dis que j'allais tous les dimanches à la messe et pratiquement toujours aux vêpres.
-Soyez à neuf heures trente précises devant votre cantonnement. Un camion viendra vous prendre pour vous conduire à la messe!
-Mon adjudant, ne craignez rien, j'y serai au moins dix minutes avant l'heure, affirmai-je.
Le chauffeur de la camionnette Dodge qui me conduisait à l'église ne m'adressait jamais la parole. Je voulais pourtant lui être agréable et lui proposais d'aller boire ce qui lui plaisait dans un petit bar situé près de l'église, en lui promettant de remettre ça à mes frais, à la sortie de la messe.
Il refusait chaque fois, démarrait en trombe et ne disait mot pendant tout le trajet.
Durant ces deux mois, j'ai toujours été seul à attendre le camion.
Même mon copain basque refusait de m'accompagner, car il avait honte de venir seul avec moi. Il pensait qu'on rirait de lui. Ah! s'il y avait eu une vingtaine d'hommes en plus, il serait sûrement venu.
Notre groupe d'artillerie était composé de quatre batteries d'une centaine d'hommes, réparties sur un territoire allant par exemple de Guéthary à Bidart et d' Ahetze à Arbonne. Je faisais partie de la troisième batterie. Notre aumônier avait le grade de lieutenant.
De mon sejour en Allemagne, je retiendrai également une petite anecdote:
En face de mon lit, il se trouvait celui d'un Algérien ou d'un Marocain. Il était deux heures du matin, il venait de rentrer, et était en train de manger. Je lui en fis la remarque, ce qui ne lui avait pas plu. Il me répondit d'un ton sec:
-Je fais le ramadan!
-D'accord, je comprends maintenant. j'ignorais que tu étais de religion musulmane, lui dis-je.
Tout était arrangé. Comme j'occupais alors la fonction de brigadier, j'évitais de lui confier du travail dans la journée, puisque je savais qu'il ne se nourrissait pas.
Provins
Le 15 septembre 1945, nous quittions l'Allemagne, direction Paris. Après un court passage à l'Ecole Militaire, nous atterîmes enfin à la caserne Delor, à Provins.
Dans cette caserne, nous étions déjà considérés comme des anciens. Les corvées étaient réservées aux jeunes. Quant à moi, je devais placer trois ou quatre sentinelles à des postes différents. On me jalousait terriblement mais je n'y pouvais rien. Le chef me disait souvent:
-Si jamais on vous dit quelque chose, attention!
J'avais le droit de donner des punitions de deux jours de consigne "avec demande d'augmentation". Je ne l'ai jamais fait.
Première révélation: le 24 octobre 1945.
Un jour, le brigadier de semaine me dit:
-Michel, tu iras à Paris avec une dizaine de tes camarades, du 23 octobre au 10 novembre, pour garder et surveiller le travail de prisonniers allemands.
-Où ça à Paris? A l'Ecole Militaire,
-Non, au Vieux Fort de Vincennes. Il y a environ sept cents prisonniers là-bas et on nous demande des renforts.
Le 23 octobre au soir, installés dans les GMC, nous voilà partis sur la route de Paris. Dès le lendemain matin à huit heures trente, le maréchal des logis nous appelle chacun à notre tour et nous confie un groupe de prisonniers.
Il m'en affecta dix-sept et me donna des consignes précises: "Il faut être assez sévère, et surtout ne pas les laisser ramasser les mégots, etc..."
A cet instant précis, j'entendis soudain en moi une voix qui commençait à parler en basque. Elle était à la fois en moi, devant moi, autour de moi. Cette voix m'enveloppait, m'inondait:
-Behazutek ongi deneri...Egun batez horietarik batek egin bahau zerbeit, horrentzat izanen haiz hoberena. (Regarde-les bien tous...Si un jour l'un d'entre eux t'a fait quelque chose, c'est avec lui que tu seras le plus aimable.)
A cet instant, toute la haine que je portais en moi a disparu, s'est liquéfié pour toujours. Il est vrai que la haine de l'Allemand était forte, entretenue qu'elle était par les récits de l'Histoire de Franc et parr ceux que m'avait racontés mpon père sur la guerre de 1914.
J'étais totalement désarmé, regardant autour de moi, observant les réactions des uns et des autres. Ils n'avaient rien entendu, eux. J'avais affaire à un interlocuteur invisible, qui me parlait en basque et qui me tutoyait. C'était une voix d'homme extraordinaire, qui me prenait tout entier.
J'étais jeune à l'époque. Je pensais que cela venait de moi et j'ai continué à vivre et à travailler normalement.
Quant au groupe de prisonniers dont j'avais la charge, je peux vous dire qu'il a été bien traité!
Nous sommes rentrés à Provins le 10 novembre, car, le lendemain, nous devions présenter les armes au Monument aux Morts, en présence d'un Général, pour l'anniversaire de l'Armistice de 1918.
Deuxième révélation: du 15 au 30 novembre 1945.
QUELQUES JOURS PLUS TARD? A SEPT HEURES DU MATIN, alors que je me levais après une bonne nuit de sommeil, la voix mystérieuse me parle à nouveau en basque:
-Jainko bat baduk edo ez duk...Hiri, zer iduritzen zaik? (Y a-t-il oui ou non un Dieu? Toi, qu'en penses-tu ?)
J'étais à nouveau stupéfait et répondis en basque:
-Ba, katiximan ikasi dut Jainko bat badela zerulurrak egin dituenak, gizona eta emaztkia egin dituenak, eta orotan dena. (Oui, au catéchisme j'ai appris qu'il ya un Dieu qui a créé le ciel et la terre, qui a créé l'homme et la femme, et qui est en tout lieu).
Et puis plus rien. Mais moi, je restai complètement anéanti par cette épreuve. Vidé !
Le lendemain, à la même heure, en posant le pied gauche sur le plancher, la même Voix reprend:
-Hiri, zer iduritzen zaik...Jainko bat badela...edo ez dela ? ( Qu'en penses-tu toi? Y a-t-il un Dieu ou n'y en a -t-il pas ?).
Je répondis à nouveau:
-Erran zaitut atzo, ikasi dutala nere katiximan Jainko bat badela, zeru-lurrak egin dituenak, gizona eta emaztekia...( Je vous ai dit hier, que j'avais appris dans mon catéchisme qu'il y a un Dieu, qui a créé le ciel et la terre, l'homme et la femme...)
Et j'ai ajouté:
-...munduan orotan dena eta betidanik izan dena. Hiru Presunetan dena eta Hiruek Bat egiten dutela. (qu'Il est partout dans le monde et qu'Il a toujours existé, qu'Il est en Trois Personnes et que les Trois ne font qu'Un).
Et le silence.
Quelle épreuve ce fut pour moi! Je me sentais à nouveau complètement vidé. Mes compagnons de chambre autour de moi s'habillaient comme si de rien n'était. Personne d'autre que moi n'entendait cette voix.
Le troisième jour, même scénario. De plus en plus déstabilisé, je réponds:
-Horri ez dakit sobera zer erran, ikasi dut katiximan Jainko bat badela, bainan...(Je ne sais pas trop que vous répondre. Dans mon catéchisme, j'ai appris qu'il y a un Dieu, mais...)
Le quatrième jour, au même moment, la même question. Ma réponse fut alors:
-Ez dakit, ez dakit sobera zer erran. (Je ne sais pas, je ne sais pas trop quoi dire).
Je me demandais qui me parlait ainsi et me questionnait à propos de Dieu. Etait-ce ma petite soeur jumelle, décédée à l'âge de trois mois et demi? Elle devait être un ange maintenant. Ou bien, était-ce un autre ange? je penchais plutôt pour la deuxième hypothèse. Mais je me trompais. Je saurai beaucoup plus tard que c'était Dieu en personne qui me parlait, car il me l'a dit lui-même.
Quand à la Sainte Vierge, elle s'adresse à moi, de l'intérieur, c'est une voix de femme très distincte. Au début, je l'ai également prise pour ma petite soeur.
Le cinquième jour, la Voix me dit:
-Hura bezala bahintz, eta haren lekuan sortua bahintz, sinetsiko huen...Jainko bat badela? (Si tu étais né comme lui, et si tu étais né là où il est né, tu croirais...qu'il y a un Dieu?)
J'ai compris que la personne dont il s'agissait était un jeune militaire algérien qui s'habillait au fond de la chambre. Il avait un visage très marqué, laissant penser qu'il avait beaucoup souffert. Maigre, timide, il ne parlait presque pas. Il était toujours triste et j'avais beaucoup de peine pour lui.
Je répondis à cette nouvelle question:
-Ez da segur sinetsiko nuela, hori bezala izanen nintzen, pentsatzen dut.(Je ne sais pas, ce n'est pas sûr que j'aurais cru, je pense que j'aurais été comme lui).
Je commençais à douter, ne sachant plus quoi répondre. J'étais désemparé car cette voix me surprenait à chaque fois. Tel était mon état d'esprit au sixième jour.
Le septième jour, la Voix me questionna à nouveau au sujet du jeune musulman:
-Orduran hura bezala, haren lekuan sortua bahitz, ez huke sinetsiko...Jainko bat...badela ? (Alors, si tu étais né semblable à lui et là où il est né, tu ne croirais pas qu'il ya un Dieu ?)
-Nundik sinetsiko nuke, hori bezalakoa izanen nintzen dudarik gabe. (Je ne sais pas, j'aurais sans doute été comme lui).
En fait, j'allais apprendre un peu plus tard, par un ami du jeune Algérien, qui s'appelait Lemalchi, que le Dieu des musulmans et le Dieu que l'on enseigne au catéchisme, était le même.
Une anecdote à propos de Lemalchi. Tous les samedis, j'allais en ville, acheter du pain et de la charcuterie pour faire de bons sandwichs.
Il m'attendait à l'entrée de la caserne:
-Donne-moi un morceau de pain! me dit-il.
Je lui donne la moitié de mon sandwich. Aïe, aïe, aïe! Qu'avais-je fait! Il le jette à terre et le piétine. N'y comprenant rien, je me rebiffe:
-Que t'arrive-t'il, abruti? Pourquoi fais-tu ça alors que nous sommes de si bons camarades?
Il sort un canife de sa poche et me dit:
-Si tu n'avais pas été un si grand copain, je t'aurais rentré ça dans le ventre. Je sais que tu n'as pas fait exprès!
Je savais bien que les musulmans ne mangeaient pas de porc, mais je n'avais pas fait le rapprochement avec mon pâté.
C'est alors qu'il enchaîna:
-C'est l'occasion Michel. On va parler de Dieu. Du tien et du mien.
Nous étions sur la même longueur d'ondes et nous nous sommes rendus compte que nous aimions le même Dieu. Mais je n'ai toujours pas compris pourquoi les musulmans ne mangeaient pas de porc. C'est curieux, rien de cela ne figure dans les Commandements de Dieu.
Pour en revenir à ma Voix, toujours la même chose:
-Est-ce que tu es sûr qu'il y a un Dieu?
Mais au fil des jours, elle s'affaiblissait.
Et enfin, le douzième jour, tout doucement, j'entendis:
-Orduan hik...sinesten duk...Jainko bat badela (Donc toi...tu crois...qu'il ya un Dieu).
Ma réponse a été:
-Errazu Jainkoa, sekulan nere aintzinean edo nere ondoan, norbait gaizki mintzo bada zuretzat edo erraiten ari Jainkorik ez dela, nola behar dut egiazki finkatu zure izaitea gehiagoko zerik gabe ?
(Dites-moi, mon Dieu, si un jour quelqu'un dit du mal de vous devant moi ou dit à côté de moi que vous n'existez pas , comment vais-je donc pouvoir affirmer catégoriquement votre existence sans donner aucune preuve ?)
Depuis ce jour, je n'entendis plus la voix et la vie reprit son cours normal.
Troisième révélation : 5 février 1946.
Je venais de fêter mes vingt-trois ans. Mon chef me dit:
-Vous écrivez souvent à vos parents, Michel,
-Oui, répondis-je, deux fois par semaine. Le dimanche, une letrre et le jeudi, une carte.
-Je viens d'écrire à ma femme, me dit-il, voudriez-vous aller poster ma lettre puisque vous êtes libre cet après-midi?
Je me rends à bicyclette à la Place Saint-Ayoul (de Provins) où se trouvaient la Poste, la pharmacie et l'église où j'allais assister tous les dimanches à la messe de dix heures. Ce jour-là, le froid était vif mais il faisait très beau.
Je poste la lettre et au moment où je m'apprêtais à reprendre mon vélo tout en regardant l'église, une Voix me dit tout doucement en basque:
-Pourquoi n'irais-tu pas faire une prière à l'église, comme tu le fais parfois chez toi?
-Ba, ba egiten ahal dut, badut hastia. (Oui, je le peux, j'ai du temps devant moi) répondis-je.
J'entre donc à l'église; il n'y avait personne. Je m'avance jusqu'au deuxième banc, sur le côté droit et pose à côté de moi, mon calot et mes deux gants. Je récite trois ou quatre Notre Père et Je vous Salue Marie, puis je reprends dans ma main gauche mon calot et mes deux gants pliés l'un sur l'autre. Après une génuflexion, je me dirige vers la sortie. C'est alors qu'une Voix me dit en basque:
-Behazak gibelerat...zerbeit galtzen duk. (Regarde derrière toi...Tu perds quelque chose).
Sur ce, je regarde dans ma main gauche et je constate que le calot et les gants sont toujours là. Je réponds alors en basque:
-Mais je ne perds rien , moi!
Puis je continue d'avancer vers la sortie. Je saisis la poignée de la porte de ma main droite et j'ouvre pour sortir. A cet instant, plus fermement, j'entends:
-Behazak gibelerat...zerbeit galtzen duk. (Regarde derrière toi...tu perds quelque chose).
Alors, avec un peu d'impatience, en me retournant, je réponds à la voix:
-Bon, je vais regarder!
C'est alors que je vois un de mes gants par terre, à l'endroit même où je m'étais agenouillé.
Aussitôt cette Voix surnaturelle me dit:
-Sinesten ahal duk katiximan ikasi gusiak Jainkoaren gainean. (Tu peux croire tout ce que tu as appris sur Dieu dans ton catéchisme).
Un frisson terrible m'a traversé tout le corps de haut en bas jusqu'au bout de mon pied droit. En même temps, devant moi, je voyais un long chemin étroit, qui allait en se rétrécissant et en montant, et qui baignait dans une nuée blanche, un brouillard qui m'empêchait de voir au-delà. Le même brouillard qu'au Mont Thabor, où Dieu s'adressa à Pierre, Jean et Jacques à propos du Christ:
-Celui-ci est mon fils bien-aimé...
J'ai su qu'au-delà de ce brouillard se trouvait le Paradis. A cet instant, j'ai cru que c'était un Ange qui m'avait dévoilé l'existence de Dieu et je continuerai de le croire jusqu'au soir du vendredi 6 octobre 1995.
Le retour à la maison.
J'ai fait onze mois de Service militaire avec un mois de permission libérale car je n'avais jamais pris un seul jour de permission. J'avais le droit de voyager en chemin de fer sans limitation de kilomètres pendant un mois, tout en restant sous le contrôle de l'armée.
Je suis rentré à la maison le 18 mars 1946. J'ai pu souhaiter une bonne fête à Maman dès le lendemain puisque le 19 mars on fêtait Sainte Joséphine. Je m'empressai de lui raconter tout ce qui m'était arrivé à propos de la Voix de l'ange (comme je croyais à l'époque) et de ma vision à l'église de Provins. J'ajoutais que depuis lors, j'avais la certitude de l'existence de Dieu.
J'avais beaucoup d'affection pour ma mère.
Aussi ai-je été particulièrement malheureux, lorsque je vis qu'elle ne me croyait pas. Mais pas du tout! Son attitude m'a chagriné car je pensais que si quelqu'un me croirait sur le champ, ce serait bien elle! Elle même croyait en l'existence de Dieu, mais ne pouvait admettre que moi j'en avais eu la révélation et pas elle. Les parents croient toujours qu'ils ont plus de foi que vous, qu'ils sont mieux informés...
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